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[RENCONTRE]… avec Jonathan, ingénieur réseau embarqué chez SII Sud-Ouest

27/11/2018
[RENCONTRE]… avec Jonathan, ingénieur réseau embarqué chez SII Sud-Ouest

Bonjour Jonathan. Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Diplômé de l’ENSEEIHT en 2003, je suis aujourd’hui ingénieur réseau embarqué chez SII depuis 7 ans, travaillant dans l’aéronautique. Avant cela, j’ai passé quelques années chez un équipementier en région parisienne, à faire de la mise au point de prototypes de véhicules électriques en clientèle.

Sur quels projets travailles-tu actuellement ?

Je suis actuellement en mission chez Airbus Commercial Aircrafts pour le Bureau d’Etudes ADCN (Avionics Data Communication Network). Je m’occupe notamment de plusieurs projets de recherche liés au réseau embarqué :

- Un projet supervisé par la DGAC impliquant de nombreux partenaires industriels et universitaires et visant à faire évoluer l’actuelle technologie AFDX utilisée sur des avions tels que l’A380 ou l’A350.
- une étude visant à la qualification dans un environnement avionique d’un nouveau support de communication (couche physique), qui commence à être employé dans le monde automobile.

En parallèle, j’exerce des activités pour le programme (A350, A400M et A380) en tant que Data Flow Architect (DFA). Le DFA est un maillon de la chaîne assurant la bonne définition des interfaces des équipements installés sur avion pour leur permettre de communiquer entre eux. En effet, on va trouver des centaines d’équipements installés, chacun pouvant émettre de nombreux messages à destination de divers récepteurs, chaque message pouvant contenir plusieurs centaines de signaux… Un process spécifique a donc été défini pour permettre à chaque récepteur d’obtenir au final les données dont il a besoin en s’assurant que les interfaces des émetteurs et récepteurs soient correctement définies.

J’interviens par ailleurs en tant que spécialiste sur la technologie CAN pour le Bureau d’Etude Airbus, technologie très répandue dans le monde automobile mais qui compte étrangement peu d’experts au sein d’Airbus. Concernant le CAN, j’assure actuellement essentiellement un support aux équipes MAP/FAL sur ligne  d’assemblage des avions ou au support en compagnies quand ces services ne peuvent répondre aux problèmes par eux-mêmes.

Quel a été ton plus gros challenge sur ces projets ?

Une des étapes importantes dans le développement des systèmes est la phase d’essais sur avion au sol. A ce titre, des tests spécifiques devaient être passés par tous les systèmes qui utilisaient des bus CAN sur A350. Pour que tout se passe le mieux possible et pour limiter le temps passé sur avion à l’essentiel, il a été décidé – avec raison – de mettre l’accent sur la préparation de ces essais. En effet, le temps avion est une denrée rare et précieuse en phase de test. Grâce à cette préparation rigoureuse, les essais se sont très bien déroulés, avec 26 séances réparties sur près de 2 ans et plus de 120h passées sur avion en tout.

Tu as récemment assisté à A-TSN 2018, une conférence internationale sur le TSN à Stuttgart. Peux tu nous en dire davantage sur cet événement ?

A-TSN est un grand rassemblement annuel de plusieurs centaines de professionnels autour de la technologie TSN et j’ai eu l’opportunité d’aller visiter cette exposition. La session 2018 avait lieu à Stuttgart et au cours des deux jours du salon, de nombreuses conférences ont traité de sujets très variés, mais toujours liés à TSN, tels que la sécurité, le wireless, les voitures autonomes… Le deuxième jour se déroulaient deux sessions en parallèle, l’une orientée industrie et l’autre purement automotive. De nombreux exposants étaient également présents, souvent avec des démonstrateurs et cela a été une bonne occasion de nouer des contacts et d’appréhender de manière concrète quelques-unes des possibilités offertes par cette nouvelle technologie.

Mais tu ne nous as pas parlé de TSN jusqu’à présent. Qu’est-ce exactement et pourquoi s’y intéresser ?

TSN est l’acronyme pour Time Sensitive Networking. Il s’agit à l’origine d’un ensemble de normes définissant des mécanismes pour la transmission temporelle de données sur des réseaux Ethernet. En effet, une des fonctionnalités importantes qu’apporte TSN est la possibilité de synchronisation temporelle de tous les périphériques connectés, ce qui n’est pas le cas sur un réseau Ethernet classique. Cette possibilité de synchronisation ouvre de nouvelles possibilités pour l’utilisation d’Ethernet dans de nombreux secteurs d’activité, par exemple :

- Audio/video : pour les installations « customisées » de salles de concerts ou d’aéroport
- Industrie : pour des chaînes de montage de précision entièrement automatisées (Industrie 4.0)
- Automobile : voiture connectée et autonome, remplacement des nombreuses technologies de communication (dont le bus CAN) par Ethernet

Il s’agit en fait d’une innovation majeure dans le domaine des réseaux, c’est pourquoi de nombreux industriels s’y intéressent notamment au travers d’événements comme A-TSN 2018. Cependant, TSN n’est pas « une » norme mais plutôt une sorte de boîte à outils composée actuellement d’une quinzaine de standards (certains encore en cours d’écriture). Bref, il n’est pas toujours facile de s’y retrouver et de savoir de quels « outils » TSN on pourrait avoir besoin pour répondre à tel ou tel besoin et un gros travail exploratoire est nécessaire pour être sûr d’utiliser TSN au mieux.

Par rapport à TSN, SII a fait le choix de se positionner très tôt sur cette technologie émergente, anticipant ainsi les besoins de ses clients sur le sujet. Parmi ses principaux clients, seuls ceux du domaine aéronautique s’y intéressent activement actuellement et SII est ainsi en mesure de les accompagner sur ces sujets nouveaux, renforçant ainsi sa position de partenaire privilégié pour tous les sujets « réseaux aéro». Bien entendu, il y a fort à parier que d’autres clients dans d’autres secteurs d’activité (automotive, industrie…) se positionnent eux-aussi d’ici peu sur cette technologie prometteuse...

Et donc pour en revenir à A-TSN 2018, qu’est-ce qui a le plus retenu ton attention ? Quel bilan tires-tu de cette visite ?

La visite de cet événement a permis de rencontrer et de discuter avec de nombreux acteurs autour de la technologie TSN. Le programme de conférence était très dense avec parfois des présentations de grande qualité (je pense en particulier à celle de Continental sur l’influence des ordonnanceurs sur les réseaux « automotive »). J’ai également pu appréhender la démarche que les industriels suivent vis-à-vis de TSN et suis désormais en mesure d’élaborer une feuille de route plus détaillée à suivre pour évaluer le bénéfice de TSN dans le monde aéronautique. Par ailleurs, les différentes démonstrations auxquelles j’ai assistées m’ont permis de mieux définir les prérequis pour réaliser un premier démonstrateur pour Airbus en 2019. En définitive, cette conférence a surtout permis de réaliser l’ampleur de la tâche qui attend nos clients qui veulent aller vers cette technologie (et il y en aura certainement vu l’engouement constaté sur place !) et nous aura permis de prendre un peu d’avance sur le sujet.